La vocation d’André

Written by Marc Duverger. Posted in Profession de foi

 

Le fils du forgeron

Saint Pancrace, Pays bas, 1936. André est un gamin indiscipliné, toujours à l’affut d’une bonne farce. Cette fois-ci, il vise la maison de M. et Mme Whestra, les bigots du village, de ces gens qui ont Dieu à la bouche tout le temps et usent les sièges de l’église du village. 

«Vraiment, ces gens ne s’énervent jamais ? On va bien voir !»

André saisit une plaque de verre traînant contre un mur, escalade l’échelle de façade de la maison des Whestra, atteint le toit d’où s’échappe la fumée du four, fleurant bon le gâteau, et pose sur la sortie de la cheminée la plaque de verre, puis il descend vite et se cache dans un buisson. Madame Whestra appelle son mari qui ouvre la fenêtre, grimpe sur le toit, enlève la plaque et retourne à ses occupations. Aucune impatience, aucun juron dans la bouche de ses gens ; déçu,  André s’éclipse. Un peu plus tard, au sortir de l’ Eglise,  M. Whestra parle au papa d’André, le  forgeron du village; il est question des excellents gâteaux faits par madame dans son four rénové. André frémit, aurait-il été reconnu ? En tout cas il n’a pas été dénoncé ce qui lui évite le fouet.  

 

Résistant à 12 ans

En 1940, les nazis violent la neutralité des Pays-Bas, les envahissent et l’occupent. André à 12 ans, il rêve de rejoindre les résistants. Pour se faire accepter d’eux il leur remet un pistolet volé à un résistant, puis il commence ses « missions », mettre du sucre dans les réservoirs des véhicules allemands, désorganiser leurs transports, aider des juifs en fuite. Il échappe aussi aux recruteurs qui raflaient les jeunes gens pour les envoyer travailler en Allemagne. Pas d’école pendant cinq années. Le rêve. Le garnement André s’est bien amusé. Mais voilà, la guerre finie, son père le ramène aux réalités : « et maintenant, que vas-tu faire de ta vie ? ». 

  

Dans les commandos

« Faire ce que je sais déjà faire, voilà la solution ! » se dit André qui veut éviter de retourner à l’école. Voilà, il sera soldat dans l’armée, alors aux prises avec la révolte des colonies d’Indonésie.  En 1946, la jeune recrue André, à peine 18 ans, rejoint Jakarta pour continuer de faire ce que lui avait appris la résistance; tuer les méchants. Là André apprend aussi tout ce qu’apprennent les soldats, notamment se cuiter après les combats contre ces méchants nationalistes-communistes. Méchants, André n’en doute pas au début, il aime surgir à l’improviste dans les rangs ennemis, faire le vide avec sa mitraillette puis parcourir les lieux ainsi nettoyés en dévisageant les cadavres qui jonchent le sol. Mais, une fois, parmi ces cadavres il voit une mère et son enfant qui allaitait fauchés par la même balle ! Méchants ? Vraiment ? Cette pensée le poursuit. L’oublier, l’oublier, en finir avec la vie ! La vie d’André n’est alors plus que fuite, dans l’alcool et vers la mort. Pour se faire repérer et se faire descendre André continue de jouer les têtes brûlées en arborant un chapeau jaune vif. Une balle l’atteindra bien, mais à la cheville, le clouant au sol en pleine rizière.

 

Grand vide

La guerre est finie pour André, mais aussi finie et perdue pour les Pays-Bas. Le soldat André, diminué et peu fier retourne aux Pays-Bas. Il ne retrouvera pas sa mère décédée peu après son départ. André pense à la Bible qu’elle lui a remise, sa propre Bible, il l’a si peu ouverte ! A Saint Pancrace, personne ne s’intéresse à ce qu’André a pu vivre, personne, sauf les Whestra, mais que dire à des gens si parfaits ? La parole de son père résonne dans son esprit « Que vas-tu faire de ta vie ? ». Fuir! Oui, fuir comme il l’a appris, dans l’alcool. C’est ainsi qu’il se retrouve ivre dans une réunion de réveil (spirituel) où il s’est rendu pour les beaux yeux de la jolie fille qui y a invité les anciens soldats. Là, Il ne fait que rire à grand bruit, mais, lorsque le pasteur demande à l’assemblée présente d’entonner le cantique « Laisse aller mon peuple » il se sent étrangement troublé. Pourquoi ? La réponse est dans la Bible, il en est sûr. André recommence à la lire, va d’église en église pour entendre des commentaires, les prendre en note. Les « bons protestants » commencent à s’en inquiéter, André serait-il devenu fanatique ? 

 

Grand pas

«  Monsieur Whestra, je me sens libre » dit André un jour d’hiver 1950, « j’ai  différé jusqu’à ce matin ce que me demandait cette religieuse qui me soignait à Jakarta, à savoir me libérer du piège où j’étais, de mon moi qui m’enfermait de son emprise puissante, je me suis abandonné à Dieu ce matin, je me sens libre ». « Quel bonheur André! » lui répond M. Whestra, dès ce matin tu deviens mon partenaire de prière et d’étude Biblique, il est important que tu saches ce que tu vas faire de ta vie chrétienne ! ». Un peu plus tard, André répond-presque malgré lui-à l’exhortation du pasteur Donker qui l’exhorte à saisir «la vie de danger constant et de risques ». « Sans doute une vie de missionnaire » se dit André, « mais où me former ?» 

 

Ce que marcher par la foi veut dire...

Au cours de ses deux années de formation à Glasgow auprès de la WEC (Croisade d'Évangélisation Mondiale) André apprend la vie par la foi. Aussi est-il, avec trois autres élèves, envoyé évangéliser un mois en Ecosse. Pour seul bagage, une livre sterling et des instructions bien précises : ne jamais faire part de ses besoins financiers, ramener la livre! Un mois plus tard, les 4 jeunes gens reviennent, ils n'ont rien demandé mais ils n'ont manqué de rien et même reçu une fois... 600 œufs d'un coup ! Avec joie et reconnaissance, ils rendent leur livre sterling, plus leur surplus, soit dix autres qu'ils donnent pour la mission.

 

Mais où aller ?

À l'issue de leur formation, la plupart des étudiants savent où aller mais André se demande où Dieu l'appelle. Dans la cave où il est allé chercher sa valise vidée, André découvre une revue de propagande communiste : on y voit des photos de foules d'Européens de l'Est, de Russes et de Chinois souriants, radieux devant des usines fumantes. Ils bâtissent « La » nouvelle société communiste destinée à servir de modèle au monde entier. André est perplexe : si ces gens sont si heureux, alors pourquoi sont-ils enfermés derrière une frontière qu'ils ne peuvent franchir, ce «rideau de fer » qui coupe l'Europe en deux ? Lui-même, s'il voulait la franchir, aurait toutes les peines du monde ! Cependant, un encart attire son attention : des jeunes européens de l'Ouest sont invités à participer à un festival géant organisé à Varsovie à la gloire du communisme. « Ils veulent nous convertir » se dit André, puis « pourquoi ne pas m'inscrire, au moins je verrai ce qu'il en est ».

 

Pologne, Tchécoslovaquie...

Dans le cadre de ces voyages de propagande, André va se rendre en Pologne puis en Tchécoslovaquie. Tout est organisé pour qu'André ne quitte pas le Quelques jours plus tard, André quitte Amsterdam avec une Volkswagen Coccinelle bleue, groupe et passe tout son temps à être véhiculé, avec des jeunes passifs, d'une réalisation du communisme à l'autre. Mais par deux fois, il trouve le moyen de s'échapper et découvre l'envers du décor : ruines non relevées depuis la guerre, des gens vivant dans les décombres et une grande pauvreté en général. Il s'enquiert de l'exercice de la foi chrétienne en entrant dans les églises qu'il découvre. Les pasteurs sont surveillés, les cultes encadrés, l'évangélisation interdite, la Bible quasi introuvable et encore... « C'est bien pire en Russie et dans les autres pays de l'Est » lui dit-on. André se sent interpellé par cette phrase de l'Apocalypse : « Affermis le reste qui est sur le point de mourir ». «Oui ! Il y a dans ces pays une église qui meurt à petit feu et le Seigneur m'appelle à les aider à survivre et à gagner les cœurs ». André en est convaincu, c'est sa vocation.

 

Rien n'est impossible à Dieu

De retour aux Pays-Bas, André est sollicité par toutes ses connaissances, qui le harcèlent de questions. Dans diverses communautés, il dépeint la dure condition de ceux qui veulent conserver leur foi dans ces pays où on veut la détruire. Un frère lui conseille d’apprendre à conduire, plus encore, il vient lui apprendre. Pourtant André voit son horizon bouché, il est grillé en Pologne et en Tchécoslovaquie, on lui refuse sa demande de visa pour la Yougoslavie. Dépité, il se présente au consulat yougoslave de BerlinOuest. Contre toute attente, on lui accorde un visa.

– Il faut partager cette nouvelle ! André appelle M. Whetstra.
– Viens donc chercher les clés, lui répond ce dernier.
– Les clés de quoi?
– De ta voiture, tu as bien obtenu ton visa pour la Yougoslavie, n’est-ce pas ? C’est convenu avec ma femme depuis longtemps, ne discute pas.

Quelques jours plus tard, André quitte Amsterdam avec une Volkswagen Coccinelle bleue promise à un grand avenir.

 

Portes Ouvertes

Yougoslavie, Bulgarie, Roumanie, Russie, l’infatigable Coccinelle, chargée de Bibles à craquer, se présente aux frontières de ces pays.

« Oh là ! C’est interdit, tu vas te faire prendre, André ! » Effectivement André a de quoi douter, on fouille la voiture qui est devant lui ; il étale carrément quelques Bibles sur la banquette avant... « Eh André, tu es fou ! » Non, pas du tout ! André vient justement de prier : aveugle le douanier ». 

Le fonctionnaire s’approche, regarde le passeport d’André, échange quelques banalités puis lui fait signe de passer. Une fois, 10 fois, 20 fois, le même scénario va se répéter, avec André mais aussi avec d’autres jeunes qui se lancent sur ses traces dans le cadre de l’organisation qu’André va créer : Portes Ouvertes, la bien nommée.

Là encore le coup de pouce de M. Whetstra sera providentiel, c’est lui qui va financer les locaux de l’organisation qui deviendra une multinationale de l’information sur les chrétiens persécutés, qui les aide et les forme pour tenir bon. Le reste qui allait mourir n’est pas seulement affermi, il se pose en exemple au monde entier d’amour fraternel et d’amour envers ses ennemis.

Maintenant à la retraite, André reste aux arrières d’un mouvement qui garde l’enthousiasme des premiers jours. 

 


 

Tu ne peux pas ne pas aller visiter le site : www.portesouvertes.fr

Demande alors à Dieu qui tu seras : l’aventurier André ou les fidèles Whetstra ?