“La vie tue”

Écrit par Mandoline. Publié dans Lu, vu entendu

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Ça faisait longtemps que je cherchais à reparler de musique sur cette chronique, mais sans trouver matière à commenter dans les actus, ni dans mes récentes découvertes... Et puis le nouvel album de Mathieu Chédid est sorti et en grande amatrice, je l'ai écouté jusqu'à plus soif. Une chanson a retenu mon attention, je te conseille vivement de l'écouter mais en attendant, voilà les paroles et une petite interprétation personnelle.

 

La vie tue

Tu vivais La vie tue
Mais ta vie La vis-tu ?
Tu fumais Fumer tue
Tu buvais Buvais-tu ?
Tu parlais Que disais-tu ?
Tu mangeais Manger tue
Tu vivais La vie tue
Mais ta vie La vis-tu ?
Tu savais Le sais-tu?
Tu cherchais Trouvais-tu ?
Tu dormais Rêvais-tu ?
Tu flattais Aimais-tu ?
Tu vivais La vie tue
Mais ta vie La vis-tu ?
Tu gardais Le foutu
Entêté Assidu
T’avalais La ciguë
T’attendais De dire tu
Que le temps se tût.
Tu vivais La vie tue
et ta vie La vis-tu ?

 

Il est doué, M ! Avec quelques jeux de mots, un bon son de piano et un rythme saccadé, il arrive à poser un texte profond et plein de sens.

La vie tue
C'est tellement vrai, et bien avant de connaître cette chanson, il m'arrivait déjà souvent, en entendant « il paraît que les chips, c'est mauvais pour les poumons », « les pommes avec la peau, c'est cancérigène », de répondre que de toutes façons, « vivre tue ». Ce n'est pas du tout pour dramatiser, mais c'est comme ça et ça fait partie du package « vie terrestre ».

Ta vie : prêt-à-porter ou costume sur-mesure ?
Mais ce que j'aime bien dans ces paroles-là, c'est le regard que pose Chédid sur cette personne (qui représente pas mal de gens en fait), qui vit sans trop y penser. Sans se poser de questions. On connaît tous quelqu'un qui se sécurise avec un boulot, un conjoint, des loisirs, parfois un peu de folie pour égayer sa jeunesse (« tu fumais, tu buvais... ») mais qui traverse tout ça avec l'air de prendre le métro. Quand tu lui poses des questions, rien n'est bien personnel, tout est « normal », rien devant, rien derrière. Avec bien peu de sens à tout ça. En gros, tu vis une vie, qui ressemble un peu à celle des autres, mais TA propre vie, celle qui est sur-mesure pour toi, est-ce que tu es en train de la vivre ? Je ne pose pas un regard de juge là-dessus, parce qu'on est tous un peu cette personne. Il y a des périodes où on traverse une vie bien organisée, bien rassurante, mais on a souvent besoin de se secouer et se jeter dans le vide... Pour vivre sa vie, la vraie vie.

Le costume qui te ressemble est dessiné par Dieu
Si la première partie est plutôt légère et joue surtout sur les sons et les syllabes, les autres strophes vont plus loin dans le questionnement perso. « Tu as toujours réponse à tout, mais est-ce que tu as le vrai savoir ? Tu cherches, mais est-ce que tu trouves ? Les yeux fermés, est-ce que tu te permets de rêver ? » Et finalement, en continuant à avancer comme ça, tu te retrouves à enfiler les jours jusqu'à la fin de ta vie : « t'attendais […] que le temps se tût ». Loin de moi l'idée de faire du tragique, au contraire, ces paroles me mettent la pêche. Si je les résumais je te dirais (et je me dis aussi) « tu vis une vie, c'est bien, mais est-ce que cette vie est la tienne, est-ce qu'elle te ressemble ? » Et j'ai besoin de me souvenir que Dieu, dans ces moments où je me pose moins de questions, attend que je Lui dise « je veux vivre ma vie, celle que Tu as dessinée pour moi et moi seulement ! » 

 

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