L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt?

Écrit par Philip Ribe. Publié dans Mini nouvelle

- « Oui, bien sûr monsieur, je comprends, c’est juste que cet après midi j’avais prévu de... Comment ? Non ce n’est pas ce que je voulais dire. Oui, je sais bien qu’on ne fait pas exprès de se fracturer la cheville mais… Non, non… Bon d’accord, c’est entendu vous pouvez compter sur moi.» 

Michel repose le téléphone sur sa base en râlant : 

- « Et voilà, c’est toujours pareil, chaque fois qu’il y-a un coup fourré c’est pour moi, j’ai eu beau essayer de lui expliquer que j’avais déjà quelque chose de prévu pour aujourd’hui il ne m’a même pas écouté, j’en ai marre d’être le bouche trou dans cette boite! C’est déjà le troisième samedi depuis le début de l’année où je dois assurer une remplacement au pied levé.»

- « Vois-le du bon côté mon chéri, ça veut dire qu’ils t’apprécient.»

- « Tu parles qu’ils m’apprécient. C’est plutôt qu’ils me prennent pour une poire. Tu sais bien qu’aujourd’hui j’avais réservé la journée pour m’occuper du jardin de madame Andrée, depuis le décès de son mari elle n’a que nous pour l’aider. »

- « Je sais que c’est important, mais ce n’est pas la fin du monde demande aux garçons de te remplacer. Ce ne sont plus des bébés à 16 et 18 ans ils peuvent s’occuper d’un jardin une demi-journée. Tiens justement c’est Lucas qui vient pour déjeuner. »

- « Bonjour maman, salut p’pa, bien dormis ? wouah, génial, y a des croissants! »

Michel se sers une tasse de café avant de demander d’un ton hésitant : 

- « Heu… dit Lucas, tu pourrais me rendre un service, je devais aller refaire le jardin de Madame Andrée aujourd’hui, tondre, ranger le bois pour cet hiver, nettoyer le biotope, tailler les haies. Mais on m’a appelé au boulot pour faire un remplacement, et…

  • « Ok pas de problème p’pa, justement j’avais rien de prévu aujourd’hui et puis on est en vacances depuis hier soir alors, j’ai le temps. Je vais lui briquer son jardin, elle va pas le reconnaître. »

 

Michel pousse un soupir de soulagement il n’imaginait pas que ce serait aussi simple.

- « Merci Lucas, quand même dès fois on se dit qu’on a bien fait de faire des enfants, ça peut être utile.» 

Il se baisse pour éviter la serviette que sa femme vient de lui lancer en même temps qu’un de ces regards de tueur qui pourrait arrêter un taureau en pleine course.

- « Ça va je plaisante, bon en tout cas dès que ton frère pointe son nez, maman l’enverra pour t’aider à deux ça ira plus vite et puis ce sera plus sympa. »

- « Ouais enfin s’il émerge avant cet après-midi parce que vu l’heure à laquelle il est rentré. » 

 

Il pousse son quatrième croissant dans la bouche, s’essuie avec le revers de sa main et se lève énergiquement de sa chaise.

- « Bon j’enfile un vieux jean et un tee-shirt crade et j’y vais parce qu’avec ce que tu m’as dit faudra pas chômer. Puis comme je suis même pas sûr que mon frère vienne m’aider. »

 

Une heure plus tard Robin descend péniblement les escaliers, les cheveux en pétard, des valises sous les yeux, les habits chiffonnés. Il se laisse tomber sur une chaise, le coude sur la table, la tête sur une main et se sert un immense mug de café.

Il sursaute lorsque sa mère entre dans la pièce en chantant à tue-tête, un foulard dans les cheveux et une corbeille de linge dans les bras.

- « Ha bonjour Robin.»

- « Moins fort m’man s’il te plait, j’ai un marteau piqueur dans la tête. » 

- « Super, et bien moi je connais un bon moyen de faire taire le marteau piqueur, ton frère est déjà parti pour remettre en état le jardin de madame Renée, c’est ton père qui devait y aller mais on l’a appelé au bou…»

- « Ok m’man tu peux me faire la version courte, parce que là ce que je veux c’est retourner dans mon pieu au moins pour quelques heures. »

- « Retourner au lit à 11heures du matin ! Alors ça jamais ! Pas chez moi ! Ton frère a besoin d’aide pour refaire ce jardin et tu vas aller l’aider, que ça te plaise ou pas ! Heureusement que lui il n’a pas fait de problèmes ! Il n’a même pas hésité une seconde, tu devrais avoir honte. »

- « Hé ho c’est fini la leçon de morale ? Vous allez pas me prendre la tête avec la vieille Andrée, si elle veut un boy, elle a qu’a s’en payer un ! L’esclavage a été aboli au cas où tu serais pas au courant. Vous allez pas commencer à me pourrir les vacances dès le premier week-end ! Si Lucas a envie de faire son petit lèche botte comme il sait si bien le faire ça le regarde, et puisqu’on peut même pas dormir dans cette piaule, ben moi je me tire chez Fred, au moins là-bas on me foutra la paix. »

Avant que sa mère ait pu répliquer quoi que ce soit il se lève et sort en claquant la porte.

 

19h30. Epuisé, Michel s’installe au volant de son véhicule, sort du parking et prends la direction de son quartier.

- « Bon au point où j’en suis, je peux quand même passer voir ce que les garçons ont fait chez madame Andrée.

Il se gare devant la haie, taillée de frais et s’engage dans l’allée proprement ratissée. Le bois est parfaitement empilé sous l’appentis, le gazon tondu. »

Madame Andrée apparait sur le perron : 

- « vous venez pour l’inspection ? C’est du joli travail n’est-ce pas ? Je dois vous avouer que lorsque j’ai vu Robin arriver, je me suis demandé ce qu’il allait pouvoir faire, il n’avait pas l’air vraiment dans son assiette mais petit à petit il s’y est mis. Il n’a pas voulu prendre plus d’une demi-heure pour manger et il vient de partir il y a seulement 5 minutes. C’est vraiment un jeune homme serviable, je l’ai déjà remercié mais vous pourrez le féliciter de ma part »

- « Heu, vous avez dit Robin vous voulez dire Lucas ? » 

- « Ah non Michel, quand même je les ai vu grandir je connais bien vos garçons, Lucas je ne l’ai pas vu de la journée, c’est bien Robin qui a fait tout ça, et tout seul ! »

 

Matthieu 21:28-31

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