Le grand envol

Écrit par Philip Ribe. Publié dans Mini nouvelle

Elle disjoncte ?

– Salut Diego, t’as appris pour Lia ?

– Salut Leila, heu non, qu’est-ce qu’elle a ? Des soucis ?

– Ben, je sais pas vraiment mais j’ai l’impression qu’elle a pété un câble…

– Pourquoi tu dis ça ? Elle fait des trucs bizarres ?

– Ben oui, franchement zarbi !

– Genre quoi ?

– Genre… Elle est en train de vendre toutes ses affaires : son ordi, son téléphone, sa collection de vinyles, sa console de jeux, plein de fringues, toutes ses BD… et même ses rats apprivoisés…

– Je te crois pas ! Pas Lia ! Elle peut pas passer dix secondes sans envoyer cinq textos. À la maison elle était toujours scotchée à son ordi et sa collection de vinyles, elle aurait vendu son père et sa mère pour en avoir dix de plus. Et je te parle pas de ses rats, Ragout et Ratus, même au lycée elle les avait toujours sur elle, dans sa poche ou dans une manche !

– Pourtant c’est Tom qui m’a dit ; elle a mis des annonces partout, sur le net, sur sa porte, sur le panneau d’affichage au bahut, au centre commercial.

– Soit c’est une mauvaise blague, soit elle a vraiment pété un câble.

– En tout cas moi, je veux en avoir le cœur net, je veux voir ça de mes propres yeux, tu viens ?

– Ouais, je veux voir ça moi aussi.

– Fonce, on pourra choper le 12, on n’aura plus que cinq minutes à pieds.

 

Elle plane

Un quart d’heure plus tard, le doigt sur la sonnette, ils attendent en se balançant d’un pied sur l’autre. La porte s’ouvre d’un coup et Lia les accueille avec un grand sourire.

– Cool de vous voir ! Vous venez m’acheter quelque chose ? Dépêchez-vous parce qu’à l’allure où ça va, il me restera bientôt plus rien. Bon, pour des potes comme vous, je trouverai bien quelque chose. Mais il faudra quand même faire vite, parce que dans une demi-heure j’ai un rancart avec un acheteur pour mon scooter, et, juste après, j’ai quelqu’un qui vient pour ma guitare et mon ampli.

Elle s’arrête net en voyant la tête de Leila et de Diego.

– Ben quoi, vous sortez de chez le dentiste ? Vous avez la mâchoire qui traîne par terre. Je vous préviens, je vends tout mais j’ai pas de médoc.

– Alors c’est vrai ce qu’on nous a dit ? T’as pris un coup sur la tête ? T’as eu une vision et tu rentres au couvent ? T’es devenue alter mondialiste et tu milites contre la société de consommation ?

Lia éclate de rire et les regarde, le visage rayonnant.

– Bon, allez, entrez et asseyez-vous cinq minutes que je vous explique ! Vous vous rappelez que j’ai fêté mon anniversaire au début des vacances d’été, et ben, pour mes 17 ans, mes parents ont eu l’idée géniale de m’offrir un bon cadeau pour un saut en tandem en parapente. Au début, je trouvais ça un peu bof comme cadeau, mais, quand je me suis retrouvée là-haut, j’ai su tout de suite que j’avais trouvé la passion de ma vie. Vous pouvez pas imaginer, pas de bruit de moteur, pas de pare-brise ou de hublot comme dans un avion, juste le bruit du vent, et une vue incroyable ! La liberté totale ! Comme quand j’étais petite et que je rêvais que j’étais un oiseau et que je planais tranquillement dans le ciel, c’est comme ça mais en vrai ! Non en mieux ! Et encore, là, j’étais en tandem. C’est pas moi qui avais les commandes.

Dès qu’on a atterri, je me suis renseignée, les stages de formation, le nombre de vols à faire, le prix d’une voile… enfin tout ce qu’il faut pour y aller autant que je veux, quand je veux, comme je veux.

Bien sûr ça coûte, mais franchement, à l’idée de pouvoir avoir mon matos à moi et voler chaque fois que le temps le permet,  ça me fait sourire de tout vendre.

– Mais pourtant, avant, tu disais que tu mourrais si t’avais plus ton portable et ta…

– Oui mais c’était avant ! Avant d’avoir volé, maintenant tout le reste m’ennuie ! Bon alors vous m’achetez quelque chose ? C’est que j’ai pas que ça à faire moi ! Encore une petite semaine et je finis de tout vendre. Après… Youhouu ! Je vole ! 

 

Inspiré de Matthieu 13, versets 44 à 46.

 

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