Sécurite routière

Écrit par Philip Ribe. Publié dans Mini nouvelle

- Papa, papa arrête-toi, y a quelqu'un allongé au bord de la route, il a l'air mal en point, il bouge plus !

Pierre-André jette un regard par la vitre latérale, et il ne peut retenir un hoquet de répulsion.

- Mais quelle honte, saoul à 9h00 un dimanche matin, mais où allons-nous avec une jeunesse pareille !

- Mais papa, il avait l’air blessé, on aurait pu s’arrêter, il avait peut-être besoin d’aide !

- Allons, allons Luc, s’il fallait s’arrêter pour aider tous les irresponsables qui passent leur nuit en boîte et se retrouvent ivres morts le dimanche matin au bord de la route, il nous faudrait des heures pour arriver à l’église. En plus, tu sais bien que c’est moi qui prêche ce matin, je ne peux pas me permettre d’arriver en retard, ce serait un bien mauvais témoignage. Et tu sais bien que la prédication sans un bon témoignage c’est comme…

Mais Luc n’écoute plus, il a remis ses écouteurs sur ses oreilles et se contente de hausser les épaules.

                                                                           ***

- Et puis zut ! C’est dimanche, et faudrait quand même pas exagérer, je suis assistante sociale pas bonne sœur. Je veux bien essayer d’avoir de la compassion pendant la semaine, faire mon boulot de la façon la plus humaine possible mais il y a des limites quand même ! Non c’est vrai quoi, il y a un moment où il faut bien que les gens assument leurs responsabilités. Si on ne les laisse pas aller jusqu’au bout de leurs expériences ils ne progresseront jamais. Et puis les alcooliques, c’est pas mon truc. Franchement, se bourrer jusqu’à être raide au bord de la route à 10 h du matin, faut le faire.

Sophie jette un dernier coup d’œil dans le rétroviseur puis accélère sans se retourner.

En plus, je suis déjà en retard pour le culte et ce matin je chante dans le groupe de louange…

***

Les freins sifflent, couinent, grincent, les énormes pneus laissent une traînée noire de plusieurs mètres et finalement, le semi-remorque s’immobilise en bloquant pratiquement toute la route. Mouloud ouvre la porte à la volée et se précipite au bord de la route.

- Oulala ! Il a l’air mal en point.

Il se précipite vers sa cabine et revient avec une bouteille d’eau. Il en verse un peu sur le visage tuméfié du jeune homme qui ouvre péniblement les yeux.

- Waouah ! j’ai la tête qui explose.

- Mais qu’est ce qui t’est arrivé ?

- Ben, je travaille de nuit à la station-service et à 5 h du mat j’ai raté le bus. Je faisais du stop et je suis tombé sur une voiture de racailles, il m’ont pris mon téléphone, mon portefeuille et puis ils m’ont massacré… Je crois que j’ai rien de cassé mais… Waaaoua, ça fait mal !

- Bon écoute, moi c’est Mouloud, je suis chauffeur routier, je vais t’aider à monter dans la cabine, c’est pas une ambulance de luxe mais ça devrait le faire.

 Allez accroche toi, on y va. T’habite où ?

- Ben… ça c’est un autre problème, je me suis fait virer de ma piaule, tu comprends je suis étudiant le jour et pompiste la nuit mais… ça rapporte pas trop…

- Ça va j’ai compris, écoute y a un petit motel à 10 km, c’est pas le Hilton mais c’est propre. Ils prennent les chèques restau, il m’en reste un stock, tu comprends je préfère la bouffe que me prépare ma femme. Avec ça, tu pourras rester au moins deux ou trois jours, le temps de te retourner. Allez en route…

***

Pierre-André gare soigneusement sa voiture sur le parking de l’église, défroisse sa veste glisse sa Bible sous le bras et se dirige vers le bâtiment. Son épouse pose sa main sur son bras et lui demande « Et tu vas prêcher sur quoi aujourd’hui mon chéri »

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