Dieu, la Bible, l’Homosexualité, et toi

Écrit par Jonathan Hanley. Publié dans Fondements

Ces derniers mois, le sujet de l’homosexualité a fait la une avec passion. Pour le croyant en Christ, qui se base sur la Bible, il y a deux choses très claires : Dieu condamne l’homosexualité et Jésus était l’ami des pécheurs. Comment vivre cela ? Dans cet état d’esprit, nous avons demandé à Jonathan Hanley, en contact avec le milieu gay dans son implication pastorale, de nous faire part de son expérience

 

Sujet sensible

Pourquoi les médias en parlent tout le temps et qu’on n’en parle pas dans mon Église  ?

En partie parce que l’on ne sait pas toujours en parler. Il y a un certain tabou autour de la question. Mais quand on ne sait pas quoi dire, il vaut mieux se taire. On peut être très bon pasteur, responsable d’Église ou de groupe de jeunes, et ne pas savoir comment aborder la question de l’homosexualité. Ce n’est pas un crime. De plus, l’Église est composée d’une diversité de personnes et il faut faire attention au cadre dans lequel on aborde une telle question délicate, qui relève de la sexualité, de la pudeur, des complexes intimes…

Serait-ce difficile de parler de ce sujet ? Pourrais-tu être condamné pour en avoir parlé ?

Oui, c’est difficile, parce que c’est compliqué. C’est une question de société dont on ne sait pas vraiment expliquer les causes. C’est une question de militantisme et d’enjeux politiques, mais c’est aussi une question personnelle et intime, qui implique des personnes qui sont mes amis.

Je ne sais pas si je pourrais être condamné pour en avoir parlé. Certains de mes amis chrétiens trouvent que mon discours sur la question est trop ouvert et certains de mes amis homosexuels trouvent que mon discours est trop fermé. Ce que tu trouveras dans mes interventions et mes écrits, c’est que j’ai beaucoup d’amis homosexuels, et que je n’approuve pas leur choix de vie. Au-delà de ça, je tâche de toujours traiter une personne comme Jésus l’aurait traitée, quelle que soit sa sexualité.

Sujet biblique

Pourtant, il me semble que la Bible parle plusieurs fois de ce sujet. Que dit-elle au juste  ?

La Bible en parle assez peu. 7 références explicites (Gn 19.1-19 ; Lv 18.22 ; 20.13 ; Jg 19 ; Rm 1.18-32 ; 1 Co 6.9-11 ; 1 Tm 1.10). Jésus n’en a jamais parlé. Dans le Nouveau Testament, toutes les mentions de l’homosexualité sont faites dans le cadre d’une liste de péchés qui nous affectent tous, comme le mensonge, l’orgueil ou la médisance. Ce qui me semble plus pertinent, dans l’absolu, concernant la question de l’homosexualité, c’est le principe du mariage donné par Dieu dans la Bible : un engagement d’alliance à vie entre un homme et une femme. La Bible décrit le mariage selon cette définition comme le cadre exclusif pour une pratique de la sexualité.

En fait, si on suit ce que dit la Bible de l’homosexualité, on n’est pas tolérant. Ne faudrait-il pas plutôt montrer de l’ouverture et de l’amour comme nous le dit aussi la Bible ?

Nous n’avons pas à choisir entre la tolérance et l’intolérance. Le problème n’est pas une question de tolérance, mais une question d’amour. Dans la société en général, nous ne savons pas dire « Je t’aime, mais je ne suis pas d’accord avec toi. » Il nous faut réapprendre à aimer sans approuver. Pour certains, cette attitude est de la tolérance ; pour d’autres, c’est de l’intolérance. Peu importe – c’est toujours comme ça que Jésus rencontrait les gens. Et nous devons L’imiter. 

Nous disons qu’il faut aimer le pécheur tout en détestant le péché. C’est vrai. C’est important. Mais c’est facile à dire. Plus difficile à mettre en pratique. Malheureusement, l’attitude des chrétiens envers les homosexuels ressemble trop souvent à de la haine, même s’ils affirment qu’il s’agit de « dire la vérité avec amour ». Ce n’est pas de l’amour d’excuser un comportement que Dieu appelle péché. Mais ce n’est pas non plus de l’amour si la parole de condamnation est dite, mais que la relation ne va pas plus loin. 

Homophobie

Est-ce que le chrétien est forcément homophobe ?

J’aime dire que lorsque mes amis homosexuels ont découvert que je n’approuvais pas leur comportement sexuel, c’était trop tard pour m’accuser d’homophobie, parce que nous avions déjà pris un verre ensemble, ou mangé ensemble, ou collaboré ensemble sur un projet, ou enterré ensemble quelqu’un que nous aimions tous les deux. Dans son vrai sens, l’homophobie doit être détestable pour les chrétiens. Nous devons lutter pour que la justice sociale, les droits du travail, la succession, etc. soient les mêmes pour tous, y compris pour les homosexuels. Après, quand il s’agit du mariage et des enfants, il faut tenir compte non pas du droit des parents, mais du droit de l’enfant. Et ça  devient plus compliqué. 

Si, un jour, on m’accuse d’homophobie parce que j’enseigne que Dieu considère la pratique de l’homosexualité comme un péché, j’espère que je pourrai compter sur mes amis homosexuels pour me défendre et affirmer que je ne suis pas homophobe.

Qu’est-ce que j’ai le droit de dire et de ne pas dire ? Que me conseilles-tu de dire si, par exemple, je n’étais pas d’accord avec l’homosexualité, sans basculer dans la vulgarité ou l’homophobie  ?

Il est difficile de condamner la pratique de l’homosexualité, parce qu’on manque souvent d’amour envers les homosexuels. Jésus pouvait condamner le péché parce qu’il était connu pour être un ami des pécheurs. (Il s’est quand même fait tuer pour ça !) Je me souviens d’un jeune homosexuel que j’ai rencontré lors d’un week-end de groupes de jeunes d’Églises évangéliques. Il n’avait qu’un tout petit groupe d’amies – toutes des filles. Je pense que la raison est qu’il faisait peur aux garçons. Répondre à cette question me ramène à ce que j’ai déjà dit : il nous faut réapprendre à aimer sans forcément approuver.

Pratiquement

Qu’est-ce que tu me conseilles de faire si j’ai un ami(e) homo ? Je ne le calcule pas ou je l’embrasse ?

Bien sûr. Je suis un homme. Quand je salue une femme à l’église ou au travail en l’embrassant, il n’y a aucune connotation sexuelle. C’est culturel. Quand je serre la main de la conseillère financière qui s’occupe de mon compte à la banque, je ne pense pas aux investissements de cette banque dans des entreprises pétrolières criminelles dans leur exploitation des ressources naturelles. Et puis, j’ai une question à poser, moi : Si les chrétiens n’embrassent pas les homosexuels, comment entendront-ils que Dieu les aime et que Jésus est mort pour eux ? 

Et si un homo arrive dans mon Église. Je fais quoi  ?

Je le salue. Peut-être je l’embrasse ou je lui serre la main. Comme je fais avec tous ceux et celles dans l’Église qui regardent du porno sur Internet, qui mentent ou parlent mal des autres, qui se mettent en colère lors des Assemblées générales ou du Conseil de l’Église. Des  orgueilleux et des colériques qui viennent tous les dimanches au culte. Ensuite, on se parle. Quand on lit le récit de la rencontre de Jésus avec la femme samaritaine au bord du puits (Jean 4), on se rend compte que l’ordre de priorité, c’est d’abord de parler du salut, et plus tard de parler du comportement. Jésus n’est pas venu transformer les homos en hétéros. Il est venu nous sauver du péché et nous réconcilier avec Dieu, quelle que soit notre sexualité.

Est-ce vrai que mon pasteur est obligé de faire une célébration pour des homos qui voudraient se marier  ?

En France, les pasteurs (et prêtres) sont dans une situation différentes de celle que connaissent leurs homologues anglais, par exemple. Ici, le pasteur ne marie pas les gens, mais bénit leur union (ou pas). C’est le maire qui marie les gens. Donc les pasteurs n’ont pas la responsabilité de décider si oui ou non deux personnes vont être mariées. Sa décision, c’est de savoir si leur union peut être bénie au nom de Dieu. Les pasteurs évangéliques ne vont pas vouloir bénir des unions homosexuelles, tout comme ils ne béniraient pas l’union d’un couple si ils savaient que l’homme a une maîtresse en plus de sa fiancée. Ce n’est pas l’homosexualité elle-même qui empêche cette bénédiction, mais le fait que l’union est en-dehors du cadre voulu par Dieu pour la sexualité : un homme + une femme, pour la vie.  

Témoigner

Que faire pour témoigner de ma foi en Christ à des amis homos  ? Y-a-t-il un truc particulier  ?

Non. Pas de truc particulier. Les aimer. Être à l’écoute de leurs vraies interrogations (qui n’ont pas forcément de rapport avec l’homosexualité.) Si Dieu veut parler à un de tes amis homos, il trouvera le moyen. Il faut que tu sois disponible et que ton ami ait confiance en votre amitié.

Est-ce que ça peut arriver qu’un chrétien soit homo  ?

J’ose dire que c’est fréquent. Des homosexuels se convertissent à Jésus. Et certains enfants de chrétiens se découvrent attirés par les personnes du même sexe en arrivant à l’adolescence. Ça peut arriver dans toutes les Églises, tous les groupes de jeunes. Il ne faudrait pas croire que Dieu n’est pas assez puissant pour sauver les homosexuels.

Si tu es homo, est-ce que ton âme est perdue éternellement  ?

Non, bien entendu. Dans sa lettre aux Corinthiens, l’apôtre Paul s’adresse aux chrétiens de l’Église où certains étaient homosexuels.

Coming out

Qu’est-ce que le « coming out » ?

C’est une expression anglaise qui veut simplement dire « sortir », c’est-à-dire « sortir du placard » par analogie avec un placard où l’on garde cachés les secrets honteux. Le coming out d’un homosexuel correspond au moment où il ou elle ne cache plus son orientation sexuelle, après l’avoir maintenue secrète pendant un temps.

Est-ce que ça existe un « coming out » à l’envers  ? Style un homo, qui redeviendrait hétéro.

Oui. Parmi les homosexuels qui deviennent chrétiens, il peut se passer quatre choses :

  • L’homosexuel devient hétérosexuel. Je n’ai jamais connu d’homosexuel pour qui ce processus soit rapide. Mais après longtemps, certains disent que c’est ce qui leur est arrivé.
  • L’homosexuel était en fait bisexuel, et il ou elle choisit de favoriser l’orientation hétérosexuelle en tirant un trait sur l’homosexualité. Ce cas est assez fréquent.
  • L’homosexuel reste attiré par les personnes du même sexe, mais par esprit d’obéissance à Dieu et par amour de Jésus (qui a donné sa vie pour nous), il ou elle choisit de rester sexuellement abstinent. Ce cas est aussi relativement fréquent  parmi ceux qui s’engagent auprès de Christ.
  • La personne homosexuelle qui est chrétienne passe sa vie avec ce péché et ne parvient jamais vraiment, sur terre, à l’épanouissement réel de sa relation avec Dieu. On peut bien sûr dire la même chose de tout chrétien qui ne surmonte jamais son tempérament colérique ou son amour de l’argent.

ABCD de l’égalité

Est-ce que l’ « ABCD de l’égalité » en France fait la promotion de l’homosexualité comme on l’entend dire  ? Est-ce la même chose pour la « théorie du genre » ?

Tout d’abord, pour être clair, il faut que je dise que je n’ai pas pour vocation de défendre le programme pédagogique français qui s’appelle « L’ABCD de l’égalité ». Mais je suis allé explorer les ressources proposées aux enseignants sur le site, et je peux parler de ce que j’ai constaté.

« L’ABCD de l’égalité » a pour premier but de lutter contre l’inégalité des sexes qui reste une injustice aujourd’hui. Je suis allé à deux reprises explorer les ressources de « L’ABCD de l’égalité » et je n’ai pas trouvé de promotion de l’homosexualité ni d’encouragement à la « confusion des genres ». Mais je n’ai pas tout lu, ni tout écouté. Il y a de nombreuses conférences filmées en vidéo, données par des universitaires et des chercheurs – ça prendrait trop longtemps de tout regarder. Il est bien possible que des séquences vidéo ou des ressources existent dans « l’ABCD de l’égalité » et font la promotion de l’homosexualité, mais je ne les ai pas trouvées dans les deux heures que j’ai passées à explorer le site. J’ai demandé à des interlocuteurs opposés à ce programme de m’indiquer les pages « perverses », mais ils ne m’ont pas encore répondu.

Le site « Vigi-Gender » condamne « l’ABCD de l’égalité », mais dans sa rubrique « citations » ne cite pas cette ressource, mais beaucoup d’autres livres, discours de politiciens, d’universitaires… Certaines des citations sont vraiment nauséabondes, mais ce n’est pas tiré de « l’ABCD de l’égalité ».

En tant que chrétien, je suis d’accord avec « l’ABCD de l’égalité » qui dit que les filles doivent pouvoir s’engager dans des filières professionnelles où elles veulent s’épanouir, même si la société associe traditionnellement ces métiers à des hommes (ingénierie, gestion forestière, etc.) Et de même, je revendique pour les garçons le droit de faire des métiers plus traditionnellement « féminins ». Mon père était infirmier. Mon fils le sera à la fin de cette année. Je suis content que l’ABCD de l’égalité cherche à déboulonner certains stéréotypes culturels.

Quant aux stéréotypes vestimentaires, « l’ABCD de l’égalité » cherche à faire prendre conscience que, par exemple, une fille est plus vulnérable en jupe qu’en pantalon, de même que si elle porte les cheveux longs (vulnérable à la violence, aux blessures si elle doit réagir vite, aux machines dans un environnement industriel, par exemple…)

Je n’ai rien trouvé qui encourage les garçons à porter une jupe par perversion, comme je l’ai entendu dire. (Rien à voir avec les lycéens nantais et leur histoire de jupe pour les garçons. Ça, c’est de la provoc.) Néanmoins, je trouve qu’il est bon pour des garçons de prendre conscience du désavantage de nombreuses tenues féminines dans le domaine de l’effort physique ou de la réalisation de gestes mécaniques…

Théorie du genre et promotion de l’homosexualité

Peux-tu m’expliquer ces deux concepts et comment doit se positionner un chrétien  ?

Le concept de « la théorie du genre » est très différent de « la promotion de l’homosexualité ».

La « théorie du genre » est une expression qui ne veut pas dire grand-chose, du point de vue de la logique. C’est comme dire « la théorie de la sexualité » « la théorie de l’automobile ». 

Il existe une « théorie » selon laquelle le « genre masculin » ou le « genre féminin » se définissent après la naissance, par des acquis culturels ou familiaux, éducatifs, etc. Les extrémistes (dont certains ont défrayé la chronique en publiant des écrits bizarres dans les années 70, aux USA surtout) affirment que c’est faire violence à un enfant que de l’encourager à grandir avec une correspondance directe entre son sexe (physique-biologique) et son genre (psychologique). Je trouve que ce genre de position extrême est dangereux, et je le rejette, car il ne correspond ni à ce que j’observe de la nature et des personnes qui m’entourent, ni à ce que je lis dans la Bible, la Parole de Dieu. 

Néanmoins, je trouve que distinguer le « genre » du « sexe » n’est pas un problème, car cela revient à dire que la dimension biologique de la sexualité n’est pas calquée exactement sur la dimension psychologique. Et c’est vrai. Il suffit de constater la manière dont les distinctions entre « masculin » et « féminin » varient entre les régions du monde et les périodes de l’histoire. Il faut être bouché pour le nier. Et les chrétiens se discréditent intellectuellement s’ils prétendent le contraire. L’exemple le plus évident consiste à souligner à quel point certaines cultures réservent l’agriculture aux femmes (presque), alors que dans d’autres cultures, c’est le rôle des hommes. Chez certains peuples, les hommes s’ornent le corps de peintures et de dessins, alors que chez nous, le maquillage est considéré comme féminin. 

Dans la façon dont les genres (masculin et féminin) s’expriment, tout n’est pas biologique. Et c’est ce que souligne « l’ABCD de l’égalité », entre autre.  

Quant à la « promotion de l’homosexualité », il faut veiller, en tant que chrétiens, à ce que l’homophobie n’ait aucune place dans nos Églises. « Homophobie », c’est moquerie, exclusion, rejet relationnel, désavantage social ou professionnel, en raison d’une orientation homosexuelle. C’est donc une injure et une injustice. Nos Églises, nos groupes de jeunes et, dans la mesure du possible, nos lieux de travail, devraient, si nous sommes chrétiens, être connus comme des lieux où tout être humain, tout pécheur, est sur un pied d’égalité. Combattre l’homophobie est un devoir chrétien de justice.

Mais il y a beaucoup de mauvaise foi chez les partisans de l’homosexualité, qui cherchent à faire croire qu’exprimer notre désaccord avec la conjugalité homosexuelle, c’est faire preuve d’homophobie. Non. Nous avons le droit d’exprimer notre désaccord. Nous n’avons pas le droit de porter atteinte aux droits civiques et humains des personnes homosexuelles. Je préciserais aussi, dans le cadre du débat sur l’homoparentalité et le « mariage des homosexuels », qu’avoir un enfant ou élever un enfant ne devrait jamais être considéré comme un « droit » de l’adulte. C’est pour moi faire une violence à la famille et aux enfants que de revendiquer le « droit » pour les couples homosexuels d’avoir accès à l’adoption ou à la PMA. 

Nous avons le droit et le devoir d’être clairs sur le fait que la pratique de l’homosexualité ne correspond pas au modèle de Dieu pour la conjugalité et la sexualité.

Je dis souvent que si, en tant que chrétiens, nous étions connus pour notre amitié de tous les pécheurs, y compris les homosexuels, et si nous étions visibles dans la société comme des défenseurs des droits de chacun, nous n’aurions pas autant de mal à démontrer que nous ne sommes pas homophobes. Et le message de l’Évangile et du pardon des péchés en Jésus-Christ passerait mieux. J’en suis convaincu. 

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