Christ n'est pas un flic !

Écrit par Jonathan Hanley. Publié dans Fondements

 

Jésus et la grâce

 

Alors que j’étais jeune pasteur, un voisin curieux m’a invité, avec ma femme et nos deux jeunes enfants, pour faire connaissance autour d’un apéritif copieux. Son fils de 16 ou 17 ans s’est joint à la conversation et, convaincu que la religion est surtout une question d’interdits, m’a posé cette question : « Vous les protestants, vous avez le droit de faire quoi ? » Il se demandait si les interdits étaient peut-être moins nombreux pour les protestants que pour les catholiques.
Difficile de répondre à une telle question, mais j’avais envie de lui dire quelque chose comme « Si tu connaissais Jésus, tu ne poserais pas ce genre de question. » Effectivement, c’est la rencontre avec Jésus qui transforme la religion en foi vivante. Pourquoi ? Parce qu’Il est venu, nous dit Jean dans son évangile, « plein de grâce et de vérité » (Jean 1.14).

 

La grâce et la vérité

Ces deux facettes de Jésus, la grâce et la vérité, sont la clé pour comprendre cette ques-tion des règles dans la vie chrétienne. Puisque Jésus est venu nous démontrer la grâce divine, nous savons que nous sommes aimés quelles que soient nos fautes (nos échecs à suivre les règles). Et puisqu’Il est la manifestation de la vérité divine, Il a toujours ac-centué la vraie gravité du mal et du péché. Jésus n’a jamais dit à propos du péché : « C’est pas grave. Ne t’en fais pas. » Il a toujours dit « C’est très grave, mais viens, on va en parler. J’ai la solution. » Il n’a pas dit ces mots précis, mais c’est la substance de son message. 

 

C’est quoi la différence entre l’amour et la grâce ?

L’amour est généralement considéré comme un sentiment et un comportement qui impli-quent une réponse. Si l’amour n’est pas réciproque, il finit le plus souvent par s’éteindre. Et justement, Dieu n’aime pas comme ça. Il continue à nous aimer, même sans réciproci-té. La grâce est le mot qui sert à décrire cet amour qui est inconditionnel et qui n’exige pas de réciprocité. 

Quand l’amour humain est fort, il ressemble à la grâce. Il pardonne et passe par-dessus les offenses. Il voit le meilleur chez l’autre et peut rester aveugle à ses manquements. Les parents et les amoureux aiment souvent comme ça. 

Mais la grâce divine est différente. Si Dieu aime et pardonne, ce n’est pas parce qu’Il se sait imparfait et limité (comme des parents humains), ni qu’Il est aveugle à nos manquements (comme des amoureux). Justement, Il est parfait et sans aucun péché, et à cause de cela, Il ne peut pas tolérer notre péché. Si Dieu aime et pardonne, s’Il fait grâce, c’est parce qu’en Jésus, Il a payé le prix. Il a porté la punition que nous méritions par nos fautes.

 

Si Dieu pardonne par grâce, pourquoi faut-il éviter de pécher ?

C’est la question que pose l’apôtre Paul dans Romains 6 : « Persisterons-nous dans le péché pour que la grâce abonde ? » Sa réponse est claire : « Certes non ! » Puis il dé-veloppe toute une explication basée sur la mort et la résurrection de Jésus. En effet, si nous voulons éviter le péché, en tant que chrétiens, ce n’est pas par crainte de la puni-tion, mais par amour et par reconnaissance envers celui qui est mort pour nous et qui nous donne la vie éternelle. Ainsi, au cœur du comportement chrétien se trouve une belle motivation : nous voulons éviter le péché, car il est une offense et une tristesse pour celui qui nous aime plus que toute autre personne au monde.

Dietrich Bonhoeffer, célèbre théologien allemand mis à mort par les nazis, utilisait l’expression « la grâce à bon marché » pour décrire l’idée selon laquelle le péché n’est pas si grave aux yeux de Dieu. Si nous comprenons vraiment l’amour de Dieu et le sacri-fice de Jésus à la croix, nous ne pouvons plus tolérer le péché, car notre pardon lui a coûté très cher. Pour Dieu, la grâce est très coûteuse.

 

Jusqu’où peut-on aller avant de tomber dans le péché ?

Il y a encore des chrétiens qui se disent : « Puisque nous vivons sous la grâce, pas sous la Loi, si je fais un péché, ce n’est pas si grave. » D’ailleurs, si nous sommes honnêtes, la plupart d’entre nous sommes passés par une période d’interrogations concernant les limites du péché : 

« Après tout, tricher un peu, c’est pas aussi grave que voler ! » 

« Ben le porno, c’est que des images. C’est moins grave qu’aller voir une prostituée. »

« Ma remarque, c’était pour faire rigoler les copines. C’est pas comme si je l’avais giflée…! »

Dans un livre intitulé Touché par la grâce, un de mes auteurs préférés, Philip Yancey, compare le chrétien qui cherche à repousser les limites du péché à un jeune marié qui dirait à sa nouvelle épouse le soir de leur mariage : 

« Il me faut éclaircir certains détails. Maintenant que nous sommes mariés, jusqu’où est-ce que je peux aller avec d’autres femmes ? Coucher avec elles ? Les embrasser ? Ça t’est égal si j’ai quelques liaisons de temps en temps, n’est-ce pas ? Songe à toutes les opportunités que tu auras à me pardonner ! » 

Comme écrit Yancey : « La seule réponse raisonnable à un tel Don Juan, c’est une gifle et un retentissant ‘Certes non !’ »

 

Et la tolérance, n’est-ce pas une forme de grâce ?

Aujourd’hui, de nombreuses personnes brandissent la tolérance comme la réponse à tous les conflits. Mais la tolérance n’a pas que des aspects positifs. 

La tolérance se rapproche effectivement d’une attitude de grâce quand elle nous aide à supporter les gens différents de nous, qui ne partagent pas notre avis ou qui nous en-nuient. 

Mais la tolérance se rapproche dangereusement de l’indifférence. Quand quelqu’un n’a pas d’opinion forte, la tolérance est facile à pratiquer. 

Par exemple, je ne m’intéresse pas beaucoup au foot, et je suis donc très tolérant quand l’équipe de France perd des matchs. Mais pour un mordu de foot qui s’est payé un billet pour un match dans un pays lointain, j’imagine que la tolérance est beaucoup plus dif-ficile quand les joueurs accumulent les fautes et jouent mal. De même, prôner la tolérance entre les religions est facile pour une personne qui ne s’intéresse pas aux idées religieuses.

En tant que chrétiens, nous devons donc apprendre à tolérer les personnes, sans for-cément approuver leurs idées ou leurs comportements.

 

Comment imiter Jésus et trouver l’équilibre entre « grâce et vérité » dans nos relations ?

C’est important de chercher cet équilibre, car être chrétien implique de vouloir imiter Jésus. Et Jésus était parfaitement équilibré dans ce domaine. Intraitable sur la nature du péché. Et insurpassable dans sa capacité de pardonner et de restaurer les personnes. 

À l’image du Christ, le chrétien doit apprendre à pratiquer « une grâce de la vérité », c’est-à-dire une grâce qui aime sans forcément approuver. Il s’agit de montrer notre amour par notre accueil et notre accompagnement, voire notre amitié, mais sans tomber dans le panneau de l’approbation. Pour aimer quelqu’un, nous ne sommes pas obligés d’approuver ses choix de vie. 

 

La grâce, c’est que Dieu sait tout de moi, et qu’Il m’aime quand même !

Un des textes bibliques les plus forts sur la grâce se trouve dans le Psaume 139. Ce poème ne mentionne pas le mot « grâce », mais souligne que Dieu nous connaît en-tièrement : « tu es au courant de tout ce que je fais » (v.3) Nous ne pouvons pas sur-prendre Dieu, ni en bien, ni en mal. Il sait exactement ce que nous avons fait et de quoi nous sommes capables. Ce qui ne l’a pas empêché de nous aimer au point d’envoyer Jésus payer le prix de la grâce pour nous.  

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