Hudson Taylor, du “jamais vu” depuis l’apôtre Paul !

Écrit par Marc Duverger. Publié dans Profession de foi

L’affaiblissement d’un vieil empire  

La Chine du XIXe a peu à voir avec le pays qui, aujourd’hui, est bien engagé dans la course à la 1ère puissance mondiale. 

C’était certes un empire ancien, prestigieux et déjà le pays le plus peuplé au monde, mais un empire en plein déclin. Jusqu’à présent, la Chine avait su se garder des étrangers et vivait coupée du reste du monde, mais, rongée par les désordres intérieurs et sous la pression des pays industrialisés, la Chine, à contrecœur, ouvrait ses portes au commerce international, accordait des ports ou « concessions » aux Anglais, Français, Américains… et cherchait à se « moderniser ». 

Mais, à l’intérieur de la Chine, rien n’avait changé depuis 2000 ans : rizières et champs de blé, villages innombrables, population laborieuse, mandarins lettrés, propriétaires rapaces, inondations et famines. 

 

Motivations croisées

Beau rôle pour les Européens ? Pas du tout ! Ils cherchaient surtout à ouvrir à leurs marchandises l’Empire du Milieu et à le coloniser par petits bouts. Après les deux guerres de l’opium, l’Angleterre a forcé la Chine à lui acheter de l’opium contre son gré et pour le plus grand malheur de sa population. (Pour l’ambiance générale, vois Tintin, Le Lotus Bleu.) Avec des soldats en armes et des commerçants avides, les premiers missionnaires ont débarqué en Chine vers 1820. Mais était-ce bon d’arriver dans ce pays pour annoncer l’Évangile dans le costume de ces étrangers qui se comportaient en hommes supérieurs ? Fallait-il que les croyants chinois revêtent le complet veston et prient dans des églises néogothiques ? 

 

 « Tout est accompli »

À chacun son itinéraire. Celui de Hudson Taylor bénéficie de conditions favorables au départ puisqu’il est né dans une famille pieuse qui prie pour la Chine. Le jeune Hudson manifeste des dispositions précoces à vouloir servir le Seigneur. Toutefois,  devenu ado, les cultes et sermons auxquels il assiste lui semblent déconnectés du réel et ses efforts religieux pour surmonter son caractère rebelle et résister aux invites de ses copains sont peu efficaces. Cependant, un après-midi de sa dix-septième année, au moment même où sa maman priait spécialement pour lui, il jette un regard distrait sur un récit racontant l’histoire d’un vieux mineur qui, au seuil de la mort, saisit avec foi le « tout est accompli » poussé par Jésus sur la croix. 

« Si Jésus a tout accompli qu’ai-je donc à faire sinon à Lui faire confiance ? » se dit-il. Puis, quand peu après ce pas de foi, il demande à Dieu de le diriger dans une voie précise, il sent la réponse jaillir du fond du cœur : « La Chine, bien sûr ! ». 

Hudson, soucieux de servir son prochain dans tous les domaines, s’engage sans le sou dans des études de médecine et de chirurgie ; en même temps il se rapproche d’une mission naissante : la CES (Chinese Evangelisation Society) l’invite à partir sans tarder pour la Chine. En décembre 1853, à 18 ans, Hudson embarque pour Shanghai, alors à cinq mois de trajet maritime ! Du renfort lui est promis pour la suite.

 

Le diable noir

Hudson se consacre à l’apprentissage de la langue et, dès qu’il se sent en état d’engager la conversation, se met à parcourir les villages proches de Shanghai avec sa trousse médicale et sa redingote noire. Déception… les paysans se disent « n’est-ce pas un de ces anglais arrogants qui forcent notre pays à leur acheter de l’opium ? Dehors, le diable noir ! ». 

Affecté, Hudson entreprend un changement radical : il se rase les cheveux, à l’exception d’une houppe arrière destinée à devenir une tresse, et se revêt de la robe blanche et de la chasuble bleue du quidam chinois. Chaque occasion est bonne pour Hudson de s’éloigner de Shanghai, même quand gronde la guerre civile et que sa sécurité n’est pas assurée. L’accueil de la population devient alors tout à fait différent, d’autant que Hudson prend soin de ne pas dénigrer les autorités, ni les religieux chinois, ni les saines traditions ancrées dans ce pays depuis des millénaires. Mais face aux addictions, superstitions ou pratiques occultes qui rendent les gens esclaves, il oppose la Bonne Nouvelle de Jésus venu sauver et libérer les hommes. Des portes pour l’Évangile s’ouvrent sans tarder, particulièrement auprès des fumeurs d’opium. Par la foi, ils viennent à Jésus et sont délivrés des liens de la drogue bien plus sûrement que par tout traitement. 

 

Objectif : l’intérieur de la Chine

Les missionnaires présents opèrent alors sur les miettes du territoire chinois où les étrangers avaient le droit de séjourner. Le reste de la Chine, soit plus de 90% d’un territoire grand comme 16 fois la France, reste inaccessible aux missionnaires, alors qu’il y vit pourtant près de 300 millions de Chinois. Hudson ressent l’impérieuse nécessité que l’Évangile y soit annoncé dès que ces territoires s’ouvriront à la pénétration des étrangers. L’entreprise paraît immense mais il est sûr que rien n’est impossible à Dieu. Pourtant Hudson est mal à l’aise avec sa mission : « pourquoi a-t-elle emprunté pour subvenir aux besoins de ses missionnaires, où est donc la marche par la foi ? » En 1860, Hudson, qui est marié à Maria depuis deux ans, dirige l’hôpital de Ning-Po. Sa tâche, énorme, le conduit à un surmenage tel qu’il lui faut envisager de rentrer en Angleterre. 

 

Sans perdre son temps

Dès que ses forces lui reviennent, Hudson se lance dans la traduction d’un Nouveau Testament en dialecte de la région de Ning-Po puis reprend et achève ses études médicales. Comme sa mission s’est dissoute, Hudson fonde  en 1864, à partir de quelques dons inattendus, la « China Inland Mission », mission pour l’intérieur de la Chine. Son but est d’y envoyer des missionnaires marchant par la foi. 

Aussitôt, il s’active à trouver des candidats auxquels il explique très clairement ses principes : certes informer le plus grand nombre des besoins de la Chine mais n’exposer ses besoins qu’à Dieu, ne jamais procéder à une collecte. C’est cette manière de fonctionner qui a attiré l’attention et les dons de Georges Müller, le célèbre fondateur d’écoles et d’orphelinats qui la pratiquait depuis longtemps. En 1866, Hudson et Maria retournent en Chine avec 14 jeunes missionnaires, célibataires ou en couple, issus de différentes dénominations et de tous les milieux sociaux, bien décidés à vivre en Chinois au milieu des Chinois.

 

Pendant près de 40 ans

Les quatre mois du trajet de l’équipe bouillante sont à l’image de ce que sera son activité en Chine : agitée et fructueuse. En effet leur bateau manque d’être emporté par deux typhons et les deux tiers de l’équipage se convertissent pendant la traversée. Le défi relevé par Hudson concernant la Chine a été tenu : l’intérieur de la Chine s’est ouvert sous la pression internationale. Progressivement des équipes de la CIM se sont installées dans toutes les provinces du pays, fondant écoles, dispensaires, orphelinats et témoignant inlassablement de la Grâce qui sauve, délivre, sanctifie et bâtit. Des missionnaires de la CIM seront les premiers occidentaux à traverser toute la Chine d’est en ouest. Des communautés chrétiennes voient le jour un peu partout ; rapidement elles sont laissées entre les mains des Chinois eux-mêmes : « Les missionnaires ne sont que des échafaudages, on les retire quand l’Église locale est bâtie » affirme Hudson. Il va les motiver et les choisir lui-même aux quatre coins du monde quand il n’est pas en Chine à soigner, opérer, accoucher. Sans que ce cela ait été prémédité, la CIM devient une œuvre internationale avec des antennes aux USA, en Australie, en Allemagne…

 

Le prix à payer

« L’essentiel c’est d’être en Christ par la foi » affirme Taylor, « le reste c’est le Seigneur qui le fait ». Celui qui parle ainsi n’énonce pas une théorie, il parle pratique… Sur le champ missionnaire, Hudson perd sa première femme, Maria, morte du choléra, ainsi que trois des cinq enfants qu’elle lui a donnés. De plus, il manque de mourir plusieurs fois dans des tempêtes ou des émeutes, et subit la maladie qui le met à plusieurs reprises dans un état de santé perçu comme désespéré, l’immobilisant parfois plusieurs mois. De chaque épreuve il peut dire : « de ce mal apparent, le Seigneur a tiré un bien ». 

Les choix de Taylor (habillement, recrutement de missionnaires féminins à parité, préférence accordée à la foi des candidats quelles que soient leur instruction ou dénomination) sont et seront à l’origine de nombreuses critiques et diffamations qui feront vaciller la CIM plusieurs fois sans parvenir à stopper son élan. Patient en toutes circonstances, courtois avec ses adversaires, Hudson remet à Dieu tout ce qui survient. En 1868 à Yangzhou, suite à des rumeurs
d’anthropophagie (!), la maison de la CIM est attaquée, pillée et brûlée ; lui-même, sa femme et plusieurs missionnaires sont blessés. Hudson Taylor revient un an après et une église naît dans cette ville farouche. Quand, en 1899, l’impératrice de Chine donne carte blanche aux fanatiques boxers pour exterminer les étrangers et chrétiens chinois, des milliers de catholiques et de protestants, dont 58 missionnaires de la CIM et 21 de leurs enfants, sont massacrés. Hudson insiste pour que soient refusées toute vengeance, punition ou même indemnisation « au nom de la douceur de Christ ». Six ans plus tard, de retour dans sa Chine bien aimée où travaillent alors 700 missionnaires de la CIM, Hudson Taylor s’éteint subitement alors qu’il lit son courrier. 

 

Une œuvre qui perdure

Hudson a suscité et suscite encore des vocations ; ainsi, les « 7 Cambridge » (étudiants issus de cette prestigieuse université et promus aux plus hautes destinées) iront raconter au travers de l’Angleterre combien leur situation sociale et leurs passions sportives comptent peu par rapport à leur découverte de Jésus-Christ et de sa volonté pour eux de les voir partir en Chine (1885). Leur exemple a suscité un vaste élan de vocation missionnaire auprès d’étudiants du monde entier. La CIM est devenue, suite à la fermeture de la Chine aux étrangers lors de l’avènement du communisme en 1948, la « Overseas Missionary Fellowship (OMF) », vaste organisation qui se définit comme « un réseau mondial de chrétiens proclamant la gloire de Jésus-Christ au sein des peuples d’Asie ». Les trois-quarts des 1000 missionnaires actuels sont maintenant asiatiques !  

Les descendants de Hudson Taylor, nés de sa seconde épouse, Jennie, auraient pu se reposer sur les lauriers de leur ancêtre ; Mais tous sont devenus missionnaires en relation avec la Chine et plus largement l’Asie. Ainsi, l’arrière arrière-petit-fils de Hudson Taylor, de mère chinoise, achève sa formation théologique à Taïwan. 

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