Elle croit et elle est plasticienne

Écrit par Jean-Jacques Riou. Publié dans Profession de foi

 

Selon le monde, Fabienne cumule les bizarreries : chrétienne, mariée à un flic, elle est plasticienne. Elle préfère ce terme qui définit celle qui pratique les arts plastiques à celui d'artiste peintre, qu'elle trouve désuet et pompeux, comme un titre qu'on s'octroie sans le mériter. Elle est juste celle qui regarde et met en évidence une faille dans un mur, un caillou, un rayon qui éclaire de façon oblique un tronc d'arbre. Ses trois enfants portent les prénoms de Neil, Joan et Maé. Des prénoms avec beaucoup de voyelles, parce que pour elle, ce sont les couleurs des mots.

 

Qu'aimes-tu faire lorsque tu as du temps ?

Rien ! Je suis très contemplative. Je crois que je suis inadaptée au monde. Je suis plus seule en ville que dans la forêt. La course incessante des gens me fait peur, j'ai besoin de suspendre le temps, alors je cultive la nonchalance. Dieu m'a donné un mari qui a les pieds sur terre parce que moi, je plane. Je suis comme une bulle qui s'envole et qu'il rattrape de temps en temps pour me ramener à la réalité.

 

D'où te vient ce désir de créer ?

Mon désir de créer vient, je crois, du besoin de connaître Dieu et de savoir qui je suis. Ce qui m'a toujours caractérisée, ce sont les questions. Adolescente, les questions telles que qui on est, où on va, étaient essentielles pour moi et personne n'y répondait. Les arts plastiques, c'est une activité très solitaire. C'est comme un miroir ; ce que je crée me renseigne sur ce que je suis. J'ai vécu mon cheminement en arts plastiques en parallèle de ma recherche de Dieu. Il m'a aidée par ce moyen. Quand j'ai trouvé Dieu, j'ai éprouvé le besoin de poursuivre mon activité de créer parce que c'est un talent qu'il m'a donné. Il me demandera ce que j'en ai fait.

 

Dieu a-t-il répondu à toutes tes questions ?

Dieu a répondu mais certaines questions restent. Souvent, j'ai peur de ne pas être dans la volonté de Dieu. Par exemple, lorsque je me pose la question : Créer, est-ce utile ? Mais là aussi, il me répond. Cela peut être par les réactions des gens à mes oeuvres. Dernièrement, une personne qui m'a fait exposer a vu de très belles choses dans mes oeuvres. Lorsqu'elle me l'a dit, j'ai senti qu'elle ne parlait pas de choses matérielles mais spirituelles. Créer, c'est un langage qui parle à des personnes qui pourraient ne pas être touchées par des mots. Ça s'adresse à un petit nombre. Mais qui les toucherait, sinon ? Et puis Dieu est un poète, c'est son langage. Tout ce qu'il a créé, il l'a fait avec humour, poésie, c'est la beauté, ce qu'il y a de plus beau. J'utilise un peu de son langage. Je ne suis qu'un outil qui sert à cela.

 

Comment allies-tu ta foi et ton activité ?

Les arts plastiques m'ont enseigné beaucoup de leçons spirituelles. Notamment à lâcher prise. Je lance mon coeur en avant vers quelque chose qui n'existe pas encore. Si je travaille par mes propres forces, ce que je produis est lourd et sans grâce.

Si je laisse l'Esprit me saisir, alors parfois survient cet état de grâce propice à la création, un cadeau hors du temps mais réel, que Dieu me fait. Je me sens alors dans sa présence, une autre dimension qui me donne le sentiment d'être ici et partout. C'est une petite fenêtre ouverte sur l'éternité. Cela m'encourage à continuer.

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