Doit-on expérimenter toutes les philosophies avant de se faire une idée ?

Écrit par Alexis Masson. Publié dans Ridicule de croire ?

 

Notre société valorise la liberté de conscience. Chacun a le droit de penser ce qu’il veut. Mais dans la mesure où tout le monde ne pense pas la même chose, on en vient à s’interroger sur la vérité. Où se situe-t-elle ?

 

Dois-tu avoir une opinion avant ou après tout débat ?

Il peut sembler qu’en confrontant les opinions les unes aux autres, afin de peser le pour et le contre de chacune, on parviendra à accéder à la vérité. De ce fait, nous trouvons des débats partout : au parlement, dans les médias, dans les discussions entre amis, et même dans les églises. Les débats tiennent une telle place dans notre vie, qu’on pourrait se demander s’il n’est pas présomptueux d’avoir la moindre opinion avant d’avoir confronté toutes les opinions. Ne devrait-on pas attendre de tels débats, de telles confrontations d’opinions, avant de choisir sa vision du monde, sa religion ou ses propres opinions ?

 

Sans convictions pas de débat d’idées

Un tel principe pourrait sembler sage et prudent. Mais en réalité, il est totalement contradictoire. Il interdit de se faire une opinion avant le moindre débat. Mais comment pourrait-il y avoir un débat, une confrontation d’opinions, s’il n’y avait pas déjà au préalable des opinions à confronter ? Souviens-toi du débat pour le second tour de l’élection présidentielle. Nicolas Sarkozy et François Hollande sont venus défendre leurs idées. C’est parce qu’ils avaient des opinions qu’ils ont pu les défendre, que le débat a pu avoir lieu.

Les opinions doivent donc exister avant qu’un débat ait lieu. Pour qu’il y ait un débat, il faut qu’il y ait déjà des opinions, sinon il n’y aurait rien à confronter. Si Nicolas Sarkozy et François Hollande étaient venus au débat sans avoir d’idées à défendre, il s’en serait suivi deux heures de silence. Les opinions doivent précéder les confrontations d’opinions, afin que ces mêmes confrontations soient rendues possibles.

Il est donc contradictoire d’affirmer qu’il faut attendre de telles confrontations pour se faire une opinion.

 

Dois-je tester pour évaluer ?

Il est nécessaire qu’il y ait des opinions avant toute confrontation d’opinions. Mais cela ne nous oblige-t-il pas à prendre parti de façon trop précipitée ? Ne vaudrait-il pas mieux autoriser l’existence de préjugés provisoires, afin que la confrontation des opinions puisse avoir lieu, tout en repoussant le jugement définitif après le débat ?

Si l’on admettait un tel principe, cela reviendrait à “tester ” des opinions, sans vraiment y adhérer, afin de choisir celle qui paraît la plus juste. Au fond, c’est ainsi que fonctionne notre société de consommation. Dernièrement, j’ai acheté une tablette tactile. J’ai dû choisir celle qui me semblait avoir le meilleur rapport qualité-prix. J’ai longuement hésité entre plusieurs modèles, préférant alternativement une tablette ou une autre. C’est après avoir comparé un grand nombre de tablettes que j’ai pu me décider définitivement.

Peut-on faire de même avec nos opinions ? Peut-on passer d’un préjugé à l’autre, que l’on admet provisoirement, sans trop y adhérer, afin de se décider définitivement après une comparaison ?

 

Impossible de tester

une croyance Ce principe, comme le précédent, peut paraître sage et prudent. Mais en réalité, il est tout aussi inapplicable. En effet, on ne peut pas “tester ” des opinions comme on peut tester un produit. Personne ne peut se dire : “Aujourd’hui, je vais être chrétien, et demain, je serai bouddhiste, pour voir quelle opinion est la meilleure. ” On ne peut pas tester une croyance : on y adhère ou on n’y adhère pas. Cela ne dépend pas de la volonté. J’aurais beau vouloir me convaincre qu’il y a un éléphant rose devant moi, cet effort me prouverait que je n’y crois pas. Je ne peux donc pas savoir ce que cela fait de penser réellement qu’il y a un éléphant rose devant moi.

Et si l’on ne peut pas choisir ses pensées, alors on ne peut pas choisir d’essayer toutes les opinions, avant de s’en faire une définitivement.

Nos opinions ne sont pas produites par notre volonté, mais par notre intelligence. Il y a des raisons ou des causes qui provoquent nos opinions, on ne les choisit pas à notre guise. Si je pense qu’il y a un ordinateur devant moi, ce n’est pas parce que je l’ai choisi, mais parce que je le vois.

 

Examine donc les faits qui forgent tes opinions

Si l’on recherche la vérité, il faut examiner ces raisons, afin de vérifier si elles sont bonnes ou mauvaises. Mais parmi nos opinions, certaines ont des raisons si fortes qu’il est impossible d’en douter.

Par exemple, il est impossible de douter de sa propre existence. Car si je doute, alors forcément j’existe. Je ne peux pas douter sans exister.

Cela est vrai et aucun débat ne pourra jamais m’en faire douter. Et je ne le crois pas non plus à cause d’un débat dans lequel je l’aurais appris. Je le crois parce qu’il ne peut pas logiquement en être autrement. Cela signifie donc que les débats, les confrontations d’opinions, ne sont pas au fondement de la connaissance. La connaissance et la recherche de la vérité reposent plutôt sur des raisonnements logiques à partir de certitudes.

  

Un débat convainquant apporte des faits convainquant

Si un débat parvient à me convaincre, ce n’est pas en vertu de lui-même, parce que c’est un débat, mais parce qu’il m’apporte des raisons de penser telle ou telle chose. Et ces raisons vont me convaincre, parce qu’elles s’accordent avec d’autres raisons que j’ai déjà en moi-même. Si je n’avais absolument aucune opinion, aucune raison en moi-même, je serais incapable de trancher en faveur d’une opinion plutôt que d’une autre. Nos opinions doivent être antérieures à la confrontation d’idées. À juste titre, d’ailleurs, car s’il y a plusieurs opinions sur un sujet, mais une seule opinion vraie, alors il y a une majorité d’opinion fausses. Un débat peut donc être une grande source d’erreur si l’on n’a pas réfléchi au préalable.

 

Un débat est utile s’il avance des idées fondées et recevables

Les débats ne sont pas pour autant inutiles. Ils servent à vérifier ses opinions en les confrontant à des objections. Évidemment, la première objection venue n’est pas forcement pertinente. Elle doit reposer sur de bonnes raisons de penser que j’ai tort. Les débats peuvent aussi nous servir à défaire les idées reçues, notamment sur le Christianisme. Autrefois, j’étais athée, mais toutes les raisons pour lesquelles je l’étais, n’étaient pas forcément bonnes. J’avais notamment des idées reçues sur le Christianisme, que des débats m’ont permis de corriger. Cela m’a permis également de me repositionner. Si aujourd’hui je suis chrétien, c’est en grande partie grâce à la réflexion, non pas parce que j’aurais essayé cette opinion parmi d’autres, mais parce que le Christianisme est une vision du monde rationnelle, à laquelle mon intelligence ne peut qu’adhérer.

FaLang translation system by Faboba